Hier, nous avons évoqué les modes de lecture du rapport annuel par les parties prenantes (à lire ici). Aujourd’hui, il s’agit de leurs jugements et de leurs attentes. Le rapport annuel d’activité, globalement, est jugé «pas mal fait» par les parties prenantes, les leaders d’opinion étant les plus critiques. Néanmoins, ces derniers et les jeunes talents se sentent les moins «ciblés», dans la forme comme dans le fond, par l’entreprise émettrice. Ce sentiment correspond à la réalité actuelle des cibles du rapport annuel : actionnaires individuels et intermédiaires financiers d’une part, interne et notamment managers d’autre part.
Son impact est très significatif. A la question «Parmi tous les moyens mis à votre disposition par les entreprises, quels sont ceux qui sont les plus importants pour construire votre jugement ?», le rapport annuel apparaît en 2e position pour les intermédiaires financiers, les actionnaires et les jeunes talents (derrière respectivement les contacts directs avec le management, la lettre d’information aux actionnaires et les informations transmises dans la presse) et en 3e position pour les leaders d’opinion et les managers (après les contacts directs avec le management et les informations transmises dans la presse pour les premiers ; l’information interne et les réunions ad hoc de managers pour les seconds).
Les parties prenantes sont ouvertes à la digitalisation complète du rapport annuel d’activité. C’est cependant moins vrai des actionnaires individuels et il subsiste un noyau d’environ 30% des cibles qui serait gêné par la fin du print. Il est vraisemblable que la proportion serait très différente, voire inversée, si l’échantillon ne comprenait que les personnes auxquelles la version print est adressée.
Les documents ou fichiers sont cependant jugés trop lourds et trop «langue de bois». Sur ce dernier point, il y a parmi les leaders d’opinion, les jeunes talents et les managers une forte attente d’approche éditoriale «plus journalistique». On peut sans doute imaginer que cette demande évoque autant le fond – plus de réalisme et d’authenticité – que la forme – davantage de hiérarchisation de l’information et de diversité des modes de traitement de l’information. Dans cette perspective d’un contenu plus «vrai» et «impliquant», les jeunes talents plébiscitent «un usage systématique du son et de la vidéodans la version Internet» : ils sont 75% à l’espérer contre 48% pour la totalité de l’échantillon.
S’ajoute à cette demande d’un nouveau ton une attente globale d’interactivité : 76% de l’échantillon souhaite «la possibilité d’échanger sur certains points ou de poser des questions» ; ce taux passant à 85% pour les jeunes talents et à 81% pour les leaders d’opinion.
Dernière question posée aux cibles : «Le rythme annuel de présentation des rapports annuels d’activité devrait-il être changé pour mieux répondre à vos attentes ?» Pour l’ensemble de l’échantillon, 47% répondent oui et 53%, non. Seuls les intermédiaires financiers souhaitent clairement un rythme de publication différent, de préférence semestriel.
Avec Opinion Way, nous avons posé cette question aux cibles supposées du rapport annuel : - Les actionnaires individuels - Les analystes, conseillers ou intermédiaires financiers - Les leaders d’opinion (exerçant une activité de journaliste économique ou financier, ou de responsable ou cadre administratif d’une association ou d’une organisation non gouvernementale) - Les jeunes talents (bac + 4 minimum en grandes écoles ou écoles d’ingénieurs, de commerce, de gestion ou de communication) - Les managers (responsables dans une entreprise cotée).
Trois conclusions sur les modes de lecture de ces cibles ;
Le rapport annuel d’activité reste un objet à forte charge d’intérêt pour analyser les résultats et comprendre la stratégie de l’entreprise, même si les cibles ne le consultent «très souvent» ou «régulièrement» que dans 42% des cas. Le record de consultation appartient logiquement aux intermédiaires financiers, pour lesquels ce taux s’élève à 66%. Et les moins «accros» sont les jeunes talents – a priori peu ciblés par les rapports annuels – avec un taux qui s’établit quand même à 32%.
Par ailleurs, les versions digitales sont déjà largement utilisées par la plupart des parties prenantes, les actionnaires individuels étant les moins usagers de ce format. Parmi les fonctionnalités offertes par ces versions digitales, les jeunes talents sont friands de l’interactivité et du partage de fichiers qu’elles permettent.
Enfin, à la question «Quelles sont les informations qui vous intéressent le plus (en premier, en deuxième et en troisième choix) ?», le trio de tête des réponses est constitué des «résultats et chiffres clés», de «l’explication de la stratégie» et enfin de «la description des activités, métiers et implantations». La politique de ressources humaines et la politique de responsabilité sociale et environnementale sont jugées les sujets les moins pertinents, avec un bémol pour les leaders d’opinion. Surprise…d’autant plus qu’à la question concernant non pas l’intérêt que les cibles trouvent à telle ou telle information mais la contribution de ces informations à «l’opinion [qu’ils ont] sur l’entreprise», «la politique de ressources humaines» et «la politique de responsabilité sociale et environnementale» sont également les leviers les moins significatifs, avec toutefois un léger bémol pour les leaders d’opinion et les managers.
Cette conclusion est assez différente de celle que l’on peut obtenir par ailleurs (par exemple l’étude d’i&e sur la réputation des entreprises du CAC 40, à voir ici). Une explication ? Plutôt une hypothèse : l’information sur la RSE publiée dans le rapport annuel paraît moins crédible que l’information financière et stratégique, car on sait que sur ce point les parties prenantes seront sans pitié. Demain, nous nous attaquerons aux jugements et aux attentes concernant le rapport d’activité.
Reçu ce week end et ce matin, trois “signaux” qui disent la même chose.
Discussion samedi avec le vendeur Orange du coin de la rue. On parle de la question des téléphones portables au Collège et il m’apprend que nombre de profs font l’acquisition de brouilleurs, qu’ils branchent dans leurs classes. Car l’attention est inversement proportionnelle au nombre de textos reçus et consultés en douce. La capacité de mémorisation-concentration se fragmente dès la 6ème, étape apparemment incontournable de l’acquisition du premier portable. Pas le temps d’attendre la récré pour parler aux copains.
Le site l’Informaticien.com m’apprend que dans une autre salle de classe, l’Assemblé nationale, le prof principal, Bernard Accoyer, compte sévir face aux députés qui twittent en séance. Là, il ne s’agit pas d’attention, mais de respect du huis clos. (à lire ici). Le député visé contre-attaque : “Nombre de mes collègues (ministres compris) bavardent, envoient des SMS, voire laissent leurs téléphones portables ouverts pendant des réunions et n'hésitent pas à colporter ragots et propos privés”. Pas le temps d’attendre l’interruption de séance pour parler aux journalistes.
Enfin, la newsletter du site Non Fiction se fait l’écho d’un essai stimulant (voir ici), qui interroge la valeur “vitesse” et accélération générale qui marque les sociétés modernes : “La vitesse fulgurante qui nous emporte nous priverait de la capacité de nous projeter dans l’avenir, et susciterait de nombreux phénomènes pathologiques, allant de l’augmentation des symptômes dépressifs à la perte d’influence du politique. “ La boucle est bouclée.
Voici une année scolaire qui se termine joliment. Pour la première fois jury de diplômes à l’EPSAA (École Professionnelle Supérieure d’Arts graphiques et d’Architecture de la Ville de Paris), j’ai eu le plaisir de rencontrer de jeunes illustrateurs (et graphistes) qui feront je l’espère de la concurrence aux plus grands… J’ai le plaisir de vous faire découvrir les illustrations de mes deux étudiants « coups de cœur » : Thibault Prier et Vanessa Lellouche.
Illustrations de Thibault Prier
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